Demander à l’expert

Que faire quand votre médecin vous dit qu’il n’y a AUCUNE preuve que le traitement fonctionne

Ça vous est arrivé? À vous ou à un proche? On vient de vous diagnostiquer une maladie et vous avez essayé les traitements recommandés par votre médecin, mais aucun n’a fonctionné. Vous avez donc décidé de faire quelques petites recherches de votre côté pour trouver d’autres options qui ne relèvent pas de la médecine traditionnelle et dont votre médecin ne vous avait pas parlé. Vous décidez finalement d’en discuter avec lui et il vous regarde d’un air condescendant avant de vous dire : « Il n’existe AUCUNE preuve que ce genre de traitement fonctionne. »

Beaucoup de patients dans cette situation éprouvent alors un sentiment d’abandon, et c’est tout à fait compréhensible. De nombreux médecins ne se sentent à l’aise qu’avec les traitements reconnus de tous qui ont largement fait leurs preuves. Cependant, il faut reconnaître qu’il y a assez peu de traitements qui se basent sur des preuves irréfutables. Les recherches prennent énormément de temps, les différents essais cliniques aussi, ce qui peut entraîner des lacunes. Les normes de la médecine basée sur les données probantes sont tellement élevées que beaucoup de recherches qui ont été menées sont en fait inadaptées et insuffisantes. Il n’y a tout simplement pas suffisamment d’essais cliniques bien réalisés qui se penchent sur les paramètres cliniques les plus significatifs, tels que l’amélioration de la mortalité globale ou la réduction de certains effets secondaires particuliers, comme dans le cas d’un AVC. De nombreux traitements sont également presque impossibles à bien étudier, par exemple ceux qui impliquent certains suppléments nutritionnels. Les essais cliniques portant sur les micronutriments, par exemple, sont presque tous invalides parce qu’ils mettent l’accent sur des nutriments simples et ignorent le fait qu’il existe une synergie entre tous les antioxydants, vitamines, minéraux et composés phytochimiques que nous prenons pour aider notre corps à fonctionner de manière optimale.

Il ne faut également pas oublier que bon nombre d’essais cliniques bien réalisés et qui « passent le test » sont extrêmement coûteux à réaliser. On les mène principalement sur de nombreux produits pharmaceutiques tout simplement parce que les essais eux-mêmes sont financés par l’industrie pharmaceutique qui fabrique le médicament et dont l’objectif principal est de faire du profit. Il vaut donc mieux que le médicament soit efficace. Cependant, il est difficile d’obtenir du financement pour mener à bien des essais cliniques quand les traitements sont moins lucratifs. Le fait que l’industrie pharmaceutique s’immisce dans la médecine moderne, de l’école de médecine jusqu’aux amphithéâtres des grands centres médicaux universitaires, est un phénomène bien réel qui constitue un problème dont nous, médecins, devons nous méfier. Il est impératif de prendre nos distances et extrêmement important de rester vigilants afin de pouvoir tirer nos propres conclusions en nous basant sur la science et non sur des campagnes de marketing pharmaceutiques léchées.

L’importance de tenir compte des motivations des deux parties

Bon nombre de ces faits sont soulignés par les professionnels de la santé qui veulent offrir des approches non conventionnelles à leurs patients. Ils marquent clairement un point. Malheureusement, je trouve que ces observations sont ensuite utilisées pour justifier de façon inappropriée l’utilisation de traitements qui manquent de preuves quant à leur qualité. Il n’est pas logique de suggérer que, simplement parce que des traitements n’ont pas été suffisamment étudiés par un système clairement injuste, ils ne devraient pas avoir à fournir de preuves objectives. S’il n’existe aucune preuve de qualité, il faudrait normalement le mentionner clairement. Si on traite votre problème en fonction d’une théorie relative à la maladie dont vous souffrez, vous devriez être au courant. Ces médecins n’expliquent souvent pas les risques potentiels des traitements qu’ils proposent. Ils essaient de vous faire croire que ça fonctionne et ne veulent pas admettre que ça pourrait mal tourner. Essentiellement, vous êtes en territoire inconnu avec eux, mais cela ne vous est jamais clairement expliqué. Ils parlent du traitement comme d’une solution miracle.

Je croise beaucoup de ces médecins qui prétendent que leurs traitements sont basés sur leur compréhension supérieure de la cause profonde d’une maladie complexe, comme le cancer, que personne d’autre qu’eux ne possède, même les plus grands chercheurs ayant étudié ces maladies pendant toute leur carrière. Ce genre de discours devrait immédiatement vous alerter. En ce qui concerne les médecins, le processus de consentement est clairement décrit dans l’énoncé de politique numéro 3-11 sur la médecine complémentaire et alternative (CAM) de l’Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario. Elle stipule que « les médecins doivent toujours fournir aux patients des informations précises et objectives sur les options thérapeutiques dont ils disposent. Les médecins ne doivent jamais gonfler ou exagérer le résultat thérapeutique potentiel pouvant être obtenu, ni déformer ou dénigrer les avantages prouvés du traitement conventionnel ou relevant de la médecine complémentaire et alternative, ni non plus faire des allégations sur une éventuelle efficacité thérapeutique non étayée par des preuves. »

Il est également important de noter que, tout comme l’industrie pharmaceutique, bon nombre de ces médecins tirent des profits directement des traitements qu’ils prescrivent aux patients. C’est très ironique de critiquer l’industrie pharmaceutique, l’accusant de vouloir « contrôler la médecine », pour ensuite faire exactement la même chose en vendant des produits qui leur permettent de se faire du profit, qu’il s’agisse de vitamines, de livres ou d’autres produits que l’on peut se procurer en ligne. Comment pouvez-vous être objectif si vous profitez directement des traitements que vous prescrivez à vos patients? Ces derniers doivent être vigilants et se méfier des médecins qui ont de tels agissements. Les médecins ont certainement des problèmes de conflits d’intérêts, mais notre profession a des politiques claires. L’Association médicale canadienne indique dans sa politique intitulée « Les interactions avec l’industrie pharmaceutique : lignes directrices pour les médecins » que les médecins « doivent éviter tout intérêt personnel dans leurs pratiques de prescription et de référence » et « qu’ils ne doivent pas fournir directement de médicaments ou d’autres produits, à moins de pouvoir prouver que ces derniers ne peuvent être fournis par un organisme approprié, et uniquement selon le principe du recouvrement des frais. »

Comment les patients devraient-ils aborder la médecine douce?

Qu’est-ce que les patients sont alors censés faire? Se fier aux traitements qui disposent de la « bonne » sorte de preuve et ignorer complètement le reste? Que se passe-t-il si on découvre qu’on a un cancer et que notre vie est en danger? Est-ce qu’on voudrait vraiment se passer de certaines options de traitements uniquement parce que des essais cliniques standards n’ont pas été effectués? On n’a pas vraiment le temps d’attendre, dans ce genre de situation. Et si on souffre de plus en plus, jour après jour, de symptômes tellement intenses qu’ils dégradent considérablement notre qualité de vie au point de nous sentir complètement désespérés? Et si on apprend qu’une maladie a une certaine prévalence au sein de notre famille, entraînant des décès prématurés? On va continuer à se fier uniquement à la médecine traditionnelle, reconnue universellement, car elle a passé les différents tests avec succès?

Pour commencer, j’aimerais dire qu’il serait extrêmement regrettable qu’un médecin profite d’une personne correspondant à l’un des scénarios énumérés ci-dessus. Ces personnes sont particulièrement vulnérables, ont besoin d’espoir et doivent recevoir toute l’attention qu’elles méritent. Leur intérêt doit être placé au premier plan.

Voici l’approche que je préconise si vous êtes à la recherche d’un traitement médical qui manque de preuves solides :

  • Discutez-en avec votre médecin traitant. Si celui-ci refuse, c’est qu’il n’est pas à l’aise avec cette option. Il a peut-être une bonne raison, mais il est important de bien savoir communiquer à ce sujet, alors écoutez attentivement les raisons de son refus. Restez ouvert d’esprit vous aussi puisque vous lui demandez de l’être. Soyez conscient qu’il est dans la nature humaine de vouloir essayer quelque chose qui va nous aider quand on se retrouve dans un état de grande vulnérabilité, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut nécessairement prendre des risques inutiles. Si vous souhaitez quand même aller de l’avant, soyez conscient que vous allez avoir besoin de l’aide d’un autre médecin pour vos démarches, mais je vous encourage à faire preuve de prudence.
  • Cherchez un professionnel réglementé par un organisme comme l’Ordre des naturopathes de l’Ontario. Cela vous garantira que la personne à qui vous demandez conseil a reçu un niveau de formation adéquat dans son domaine. S’il est réglementé, il sera également soumis à une politique de consentement et de conflit d’intérêts.
  • Demandez au médecin s’il a des conflits d’intérêts en vous suggérant ce traitement plutôt qu’un autre. En d’autres termes, vendent-ils eux-mêmes les médicaments ou travaillent-ils avec la compagnie qui les fabrique? Être au courant vous permettra de faire votre choix en toute connaissance de cause. C’est même une question que l’on devrait à poser à n’importe quel médecin, en fait.
  • Demandez au médecin pourquoi il est en faveur d’un traitement plutôt qu’un autre, en se basant sur des faits. Méfiez-vous de ce que l’on appelle les preuves anecdotiques, c’est-à-dire des preuves que le traitement fonctionne ne reposant que sur des anecdotes personnelles, car celles-ci ont un impact très fort et de nombreux médecins les utilisent pour justifier les traitements. Si on parle d’un point de vue purement scientifique, ces preuves anecdotiques sont considérées comme des preuves non concluantes. Demandez des preuves objectives et essayez de savoir qui profite de tout ça et de quelle manière. De cette façon, vous aurez l’heure juste, et pas uniquement des histoires de résultats exceptionnels.
  • Essayez d’obtenir la meilleure information impartiale disponible sur les risques liés au traitement qui vous est proposé. Discutez-en en détail avec votre médecin : vous devez connaître les preuves de son efficacité, ainsi que les risques potentiels associés. Vous devez connaître les interactions possibles avec les médicaments que vous prenez déjà. Le coût représente également un problème important. On ne devrait pas uniquement compter sur le médecin prescripteur. Il existe également d’autres bonnes sources d’informations comme Santé Canada ou le National Center for Complementary and Integrative Health (en anglais). L’Office for Science and Society de McGill (en anglais) pour tout ce qui touche aux faits scientifiques derrière de nombreux compléments. Évitez toute source d’informations vendant le traitement, ainsi que les réseaux sociaux, et les sites Web trouvés au hasard de recherches sur Google, sans oublier les blogues tenus par de soi-disant experts en santé. Invariablement, de telles sources d’informations sont en fait de la publicité déguisée.
  • Enfin, essayez d’avoir une discussion ouverte sur les avantages et les inconvénients du traitement avec votre médecin. Vous devriez vous sentir à l’aise de poser toutes les questions qui vous préoccupent afin de pouvoir prendre une décision en toute connaissance de cause.
  • Si vous optez pour un traitement alternatif, assurez-vous d’en informer toute l’équipe médicale qui vous entoure. Ils peuvent ne pas être d’accord avec votre choix, mais ils doivent être au courant, afin de pouvoir vous conseiller sur les interactions possibles avec leur propre traitement et vous surveiller en conséquence.

Le plus important, si vous décidez de vous mettre en quête de soins médicaux qui sortent du cadre habituel, c’est de trouver un fournisseur ayant un sens aigu de l’éthique. Une transparence totale est absolument nécessaire. Ça ne sera pas forcément facile, mais tout est possible si on adopte les bonnes méthodes.

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